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"لقاء العدائين"، مشروع ذو نفس عالمي
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Les débuts

Reprenons les choses à leur commencement. Zineb raconte avec un grand sourire comment tout cela a commencé, son parcours pour se trouver. La quadragénaire est née à Rabat, la capitale du royaume qu’elle a quitté pour poursuivre ses études supérieures. Elle étudiera d’abord à Paris avant de poursuivre à Montréal où elle travaillera, après l’obtention de ses diplômes, pour une grande entreprise américaine de service web. Elle n’était pas réellement passionnée de sport alors « j’aimais ça, on faisait du sport en famille les weekends et lors de mes études j’allais à la salle de sport, mais ça s’arrêtait là ».

Elle reviendra sur le territoire marocain en 2010 et s’installera à Casablanca, sa famille ayant quitté Rabat. « Ce fut très compliqué pour moi de quitter l’étranger… Lorsque l’on rentre au Maroc après ne plus y avoir vécu pendant un moment, on se remet en question, on recherche un sens à sa vie en quelque sorte… ». Zineb a eu ce que l’on peut appeler un passage à vide. Ce sera en 2013 que sa vie prendra un nouveau tournant. Elle qui était alors dans la communication s’est retrouvée à travailler sur l’événement du Marathon de Casablanca. Au début, elle ne participait pas en tant que marathonienne, mais celle qui était alors à la recherche d’une passion a décidé de s’y mettre « et je suis maintenant passionnée, courir cela a quelque chose d’euphorique, ça se répercute dans la vie, cela aide beaucoup, il y a un effet dopant ! » s’exclame Zineb.

C’est cet événement qui lui a fait prendre la décision de poursuivre une carrière dans le sport et tout « laisser tomber ». « Je n’avais pas beaucoup d’idées au début, je ne savais pas trop quoi faire, mis à part que je voulais évoluer dans le sport ». À l’origine de “Meet the Runners”, il y a eu “Meet the Walkers” (ndlr : rencontrer les marcheurs). « Lors du Marathon de Casablanca, une association, « les amis du ruban rose » nous ont contactés et ont expliqué leur démarche : ils souhaitaient que des femmes atteintes de cancers puissent participer à l’événement et nous avons bien évidemment accepté ! Bien sûr, étant donné leur condition elles n’ont couru que 3 km au lieu de 21 km » explique Zineb avec nostalgie. Ces femmes – qui ne devaient être qu’une dizaine – ont fini par rameuter environ 150 personnes au marathon. Ces rencontres et voir que le sport apportait beaucoup de bienfaits à ses femmes, cela a provoqué un déclic chez Zineb. Voilà comment « Meet the walkers » a vu le jour. Par le souhait de continuer à apporter du bonheur à ces femmes même lorsque leurs conditions physiques ne leur permettaient pas forcément de courir. Ensuite, les choses se sont faites d’elles-mêmes : le bouche à oreille. Des copines, puis des copines de copines ont fini par rejoindre le groupe de marcheuses. Mais comment ces femmes qui marchaient se sont mises à courir ? « Le froid » rigole Zineb ! Une fois l’hiver arrivé, le froid sur la côte Casablancaise leur était trop insupportable et pour y faire face, ces femmes ont simplement couru pour se réchauffer tout simplement.

 Un groupe de copines qui ne cessent de grandir

Bien que désormais les runners soient assez nombreux (300 personnes réparties en une dizaine de groupes), les walkers viennent toujours lorsque leur santé le leur permet. Le groupe compte majoritairement des femmes – chose qui peut s’expliquer notamment par l’origine de sa création – mais compte tout de même quelques hommes. « Les femmes se sentent à l’aise, on court ou marche entre nous. Il n’y a pas de compétition entre nous, du moins pas dans le mauvais sens. On s’encourage entre nous et cela même dans nos projets personnels et il y a des personnes de tous niveaux » raconte joyeusement Zineb.

Il y a plusieurs groupes mais l’objectif reste le même pour tous et ce quel que soit le niveau : s’encourager, dépasser ses limites et atteindre des objectifs personnels. Une fois que les groupes se débrouillent assez bien, ils gagnent plus d’autonomie et Zineb se concentre sur ceux qui ont le plus besoin d’aide et d’accompagnement. Tous ces groupes se retrouvent quelquefois pour des événements comme cela a été le cas le 14 février dernier pour un « semi-marathon challenge ». L’événement était gratuit et la seule manière dont Zineb gagne de l’argent sur ce projet est par la vente de t-shirt, casquettes et autres produits dérivés. Elle raconte que dans l’avenir, elle souhaiterait que le projet continue de grandir : la création d’une application serait l’idéale pour continuer de suivre tous ces groupes dans leurs évolutions puisque, bien qu’ils se concentrent majoritairement à Casablanca, il y en a aussi à Marrakech et un à Paris : un projet global donc. L’importance est réellement de les consolider et de « transmettre » la passion.

Une passion que Zineb a fait entrer désormais dans sa vie professionnelle. Restant fidèle à ses valeurs et sa amour pour la course, elle participe à l’organisation de l’événement « Sahraouiya ». Il s’agit d’un raid de découverte et de partage à travers des parcours sportifs. Des duos féminins participent à cet événement et soutiennent une association de leur choix. Selon Zineb, la compétition permet de faire avancer les choses notamment dans l’émancipation des femmes. Les trois premiers binômes remportent un chèque pour les associations qu’elles représentent. L’événement est décrit comme un pèlerinage par Z. Bennouna. 

Les âges des participantes varient de 18 ans à la soixantaine ! « Sahraouiya » est le raid où s’affrontent des femmes courageuses et déterminées à aller jusqu’au bout de l’aventure tout en s’entraidant et défendant les associations qu’elles représentent. C’est une course qui est engagée et qui contribue à la diffusion de l’esprit solidaire. 

 

Force de la résilience

Zineb ne parvient toujours pas à réellement réaliser à quel point les choses ont pu changer pour « meet the runners » : « on était vraiment entre copines ! Maintenant j’ai énormément de demandes pour nous rejoindre ! C’est complètement fou ». Cependant, tout n’a pas toujours été aussi simple pour elle… Il y a eu beaucoup de moments difficiles, de remise en question, « j’ai vécu une réelle traversée du désert sans réellement savoir où j’allais, j’étais en burnout » mais malgré tout cela, abandonner a toujours été hors de question. Zineb a plutôt pris la décision de prendre du recul, de s’éloigner pour pouvoir revenir, pour pouvoir retomber sur ses deux pieds. Sa devise ? Ne jamais quitter, ne jamais abandonner : « j’étais sûre que tôt ou tard ça prendrait forme » sourit-elle.

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