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Pendant les CAF Awards 2022, organisés en marge de la CAN féminine au Maroc, Désirée Ellis a gagné le prix de Meilleure entraineuse d’une équipe féminine. La Sud-Africaine qui a décroché avec les Banyana Banyana la Coupe africaine, était une des 3 sélectionneuses (sur 12) présentes lors de cette CAN. De l’autre côté de la méditerranée, l’Euro Féminin ne comptait pas plus de 6 sélectionneuses à la tête des 16 nations en lice. Les femmes restent donc encore minoritaires aux postes d’entraineuses, même dans le football féminin. Et ce, malgré leurs compétences.

C’est lors de l’édition de 2018, que la CAF a mis en place le prix de Meilleur (e) entraineur (e) d’une équipe féminine. Et c’est toujours Désirée Ellis qui est couronnée à chaque édition (2018 – 2019 – 2022). « Je dédie ce prix à toutes les femmes coachs » annonçait la sélectionneuse sud-africaine à Rabat. Mais des femmes coachs il n’y en avait pas tant que cela dans cette CAN féminine 2022.

Un phénomène mondial

Le manque de femmes aux postes de sélectionneuses n’est pas une spécificité africaine. Lors de la Coupe du Monde féminine de 2019, on comptait 9 équipes sur 24 en lice, dirigées par des sélectionneuses. Pourtant, les équipes qui se sont retrouvées en Finale, étaient toutes les deux dirigées par des femmes (Etats-Unis, Pays-Bas).

L’équipe américaine, Championne du Monde 2019, avait Jill Ellis, à sa tête. C’était déjà elle qui avait conduit son équipe au sacre mondial de 2015. Et sur les 20 dernières années, les sélections qui ont remporté 4 Coupe du Monde sur 5 étaient toutes dirigées par des femmes. Même si celles-ci étaient minoritaires lors de chaque édition. Tina Theune, dirigeait en effet la sélection allemande, Championne du Monde en 2003. Sa compatriote Silvia Neid a emmené la Frauen-Nationalmannschaft en 2007 à la victoire.

Pourtant, 3 ans après la Coupe du Monde 2019, l’Euro Féminin connait la participation de 6 sélectionneuses seulement parmi les 16 équipes en lice.

Alors pourquoi la féminisation des postes de sélectionneurs est-elle aussi lente ? Est-ce que le football souffre des mêmes discriminations que les autres métiers vis-à-vis des femmes ? Le fait de vouloir toujours choisir des hommes pour les postes à responsabilités est-il une réalité dans le monde du football aussi ? Est-ce que certaines femmes dans ce domaine aussi ont du mal à imposer leur leadership ?

Football féminin : Malgré leurs exploits, les sélectionneuses sont encore minoritaires
Radia Fertoul

« Les hommes sont souvent choisis… parce qu’ils arrivent mieux à se vendre, qu’ils dégagent une meilleure assurance que certaines femmes qui ont pourtant au moins les mêmes compétences. », déclarait récemment, l’ancienne joueuse française et actuelle entraineuse Soraya Belkadi à nos confrères de 20mn.fr.

Il faut dire que le traitement médiatique réservé aux sélectionneuses est souvent peu clément. Une réalité que connaissent les femmes en général dans le monde du sport. Des propos sexistes, des remarques misogynes se mélangent facilement aux critiques techniques.

Et encore, nous parlons ici de football féminin. Les femmes font face à un mur de stéréotypes quand il s’agit de coacher une équipe de stéréotypes. Ce n’est pas un plafond de glace dont on parle ici, c’est un mur en béton infranchissable.

Qu’en est-il de la région MENA ?

Lors de la CAN féminine, les deux équipes originaires d’Afrique du Nord (Maroc et Tunisie) étaient dirigées par des hommes (Reynald Pedros, Samir Landolsi).

Rappelons que la première femme à avoir été désignée sélectionneuse d’une équipe de football était l’Algérienne Radia Fertoul. Elle sera démise de ses fonctions, deux mois après sa nomination, après la sortie de l’équipe d’Algérie féminine du premier tour de la Coupe d’Afrique des nations féminine de football 2018.

Mais Radia Fertoul reprendra son poste en 2021. Un retour en force, confirmé par la qualification des Vertes pour la demi-finale de la Coupe arabe féminine de football 2021 en Egypte.

« Ma carrière a démarré avec beaucoup de difficultés, dont la plus importante était de convaincre ma famille de jouer au football… Le grand défi pour nous, en tant que femmes qui pratiquons le sport, reste toujours l’acceptation de la société », déclarait la sélectionneuse algérienne lors d’un entretien accordé à Taja Sport l’été dernier.

L’Euro féminin 2022, et la Can 2022 ont été remportés par des équipes dirigées par des sélectionneuses. Ces entraineuses talentueuses devraient aussi être présentes dans les sélections masculines.  Alors quand est ce que les fédérations et les clubs commenceront à porter un regard non genré sur les compétences féminines dans le monde footballistique ? Il faudra probablement attendre la féminisation des postes à responsabilité dans les instances dirigeantes du football. Pour ceux qui demandent à quoi sert le combat pour la parité, j’espère que vous tenez ici un début de réponse.

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