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Ghizlane chebbak : le parcours inspirant de la championne de l’équipe AS FAR
Le regretté Al-Arabi Chebbak disait souvent à sa femme : « c’est ma fille qui fera revivre mon nom dans le ciel du football marocain. » En effet, Ghizlane Chebbak, la joueuse de l’équipe de l’armée royale, a soulevé le trophée du Championnat marocain du football féminin au début de cette année, et a remporté le titre de meilleure buteuse de la Ligue marocaine. Le nom Chebbak est revenu sur la scène nationale du football, au féminin cette fois-ci.
crédit Mohamed Kamal

« Mon père me soutenait fortement depuis mon plus jeune âge. Il voyait en moi une joueuse talentueuse qui pourrait devenir footballeuse à l’avenir. » C’est avec ces mots que Ghizlane se souvient du soutien de son père, Al-Arabi Chebbak, ancien joueur de l’équipe marocaine de football. C’est lui qui lui a permis, enfant, de jouer au football dans les ruelles de la ville de Casablanca avec les habitants du quartier. Il ne l’a pas empêchée de pratiquer sa passion, mais lui a plutôt pris la main et encouragée à le faire.

Née durant l’été 1990, Ghizlane a grandi dans une famille sportive, ce qui explique en partie le soutien de son père, ainsi que celui de ses frères et sœur. « Mes frères n’avaient aucun moyen de m’empêcher de pratiquer mon passe-temps préféré. Surtout après avoir découvert mes capacités techniques. Ils m’ont beaucoup aidée », explique la joueuse. Par conséquent, Al-Arabi ne l’a pas sous-estimée, ni elle ni ses compétences, comme cela peut arriver aux filles. Il se sentait également rassuré et pas inquiet pour elle, car elle jouait au ballon aux côtés de ses frères.

« J’étais la seule fille à jouer avec les garçons du quartier. C’était étrange dans notre société patriarcale marocaine, chose qui devient encore plus étrange quand on vous voit pratiquer un sport qu’ils pensent ne convenir qu’aux hommes », dit Ghizlane d’un ton sarcastique. Cependant, elle était heureuse parce que la famille ne se souciait pas des ragots au sujet du sport qu’elle pratiquait. La famille à la fibre sportive a soutenu sa fille pour mettre en valeur son talent et bénéficier d’une formation dans le football. Et pour cela, « mon père a cherché une équipe féminine près de notre lieu de résidence afin de l’intégrer. Ensuite, la destination était l’équipe de défense d’Ain Sebaa à Casablanca », ajoute-t-elle.

Ghizlane qui était attaquante et buteuse n’a pas trouvé une équipe de filles. De par ses compétences et son talent, l’entraîneur de l’équipe lui a permis de jouer aux côtés des jeunes joueurs garçons afin de développer son niveau de compétition. « Jouer avec des garçons m’a permis d’approfondir ma compréhension du football. J’ai pu comprendre le rôle du joueur dans l’équipe et pendant les matchs, et comment il peut bien jouer à différents postes sur le terrain », explique la joueuse.

Elle n’est pas restée longtemps au sein de cette équipe. Car Après avoir consulté les connaissances sportives de son père, ils lui ont conseillé de rejoindre l’équipe de Al-Rashad Al-Barnoussi à Casablanca, qui comprend une équipe féminine de football. Ainsi, Ghizlane a découvert d’autres joueuses partageant le même amour du ballon.

Au fil du temps, Ghizlane a appris qu’il y avait plusieurs équipes féminines de football au Maroc, mais qui n’étaient pas connues. « J’étais heureuse quand j’ai finalement vu des footballeuses, et encore plus quand j’ai appris qu’il existait d’autres équipes féminines que nous allions affronter », dit Ghizlane.

Ghizlane a partagé cette joie avec sa famille, en particulier son père Al-Arabi, qui voulait faire d’elle une joueuse professionnelle de l’équipe de Al-Rashad Al-Barnoussi, et qu’elle ne se limite pas à pratiquer dans le quartier. Il souhaitait que Ghizlane apprenne le football selon ses règles, en tant que fille, athlète féminine, marchant sur la voie du professionnalisme.

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Tout se passait bien parce que Ghizlane savait très bien organiser son temps et était très douée pour le répartir entre le terrain de football et le banc de l’école.

Les entrainements démarraient toujours à 18H, c’est-à-dire après la fin des cours, ainsi que le samedi et dimanche. Ce calendrier n’a pas interféré avec les horaires de sa scolarité. Cependant, cela n’a pas duré longtemps.

Lorsque Ghizlane a rejoint l’équipe nationale pour la première fois en 2007, elle a dû rester dans les camps d’entraînement pendant une période allant de deux à trois semaines. Il n’était pas possible pour elle et ses camarades de classe de rejoindre les cours pour s’instruire, car les camps sont fermés et nécessitent une forte concentration pour les matchs et les compétitions à venir. « À ce moment-là, je ne pouvais pas concilier étudier et jouer au football », dit Ghizlane avec regret.

L’appel du sélectionneur national à Ghizlane reste la meilleure consolation pour le temps scolaire perdu. J’étais heureuse quand j’ai été appelée pour la première fois pour porter le maillot de l’équipe nationale marocaine, ce que je considère comme une grande fierté, et pour laquelle j’ai marqué plus de 20 buts. Mais le plus grand bonheur était pour ma mère et mon père qui en avaient assez que les gens médisent sur ma pratique du football. J’ai pu enfin les rendre heureux après avoir partagé leurs inquiétudes avec moi et après m’avoir aidé financièrement et moralement à atteindre mes objectifs », raconte l’attaquante de l’équipe nationale marocaine.

Deux buts et femme du match, ce sont les deux raisons qui ont fait que les offres professionnelles pleuvent sur la jeune joueuse de vingt ans. Cela est arrivé rapidement lors d’un match amical entre l’équipe féminine marocaine et son homologue égyptienne, et le match à peine terminé, voilà que plusieurs responsables de clubs égyptiens demandent à la rencontrer. A ce propos, dit-elle, « je me suis dit : pourquoi je ne passerais pas par une expérience professionnelle chez des Egyptiens au lieu du Maroc ? J’ai accepté ma première offre sérieuse de l’équipe Misr El-maqasa en 2010. »

« Il y avait un intérêt en Egypte pour le sport et le football féminin », c’est la première chose que Ghizlane a remarqué après avoir rejoint sa nouvelle équipe. Cependant, le déclenchement de la révolution du 25 janvier et l’instabilité de la situation politique et sécuritaire en Égypte l’ont incité à retourner dans son pays d’origine et à rejoindre l’équipe de l’armée royale -FAR- dans la capitale, Rabat.

L’année dernière, l’équipe a remporté le titre de la Ligue nationale de football féminin pour la septième fois de son histoire, la cinquième consécutive.

Concernant le niveau du football féminin au Maroc, Ghizlane a déclaré : « Les athlètes féminines souffrent encore de quelques problèmes techniques. L’aspect tactique est également important, et avec lui la récupération du ballon de l’adversaire. » «Tout cela, selon Ghizlane, les joueuses devraient l’apprendre et le maîtriser en jouant dans les petites sections comme leurs homologues masculins, que nous trouvons techniquement, physiquement et tactiquement complets lorsqu’ils atteignent la première division. »

« Le manque technique est l’une des raisons pour lesquelles nous et le reste des équipes arabes ne nous sommes pas qualifiées pour la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 2019 », a déclaré Chebbak, qui a remporté le prix de la meilleure joueuse marocaine à quatre reprises.

« Si le championnat national avait été professionnel avant cette année, et qu’il y avait un soutien médiatique sérieux pour le football féminin, ainsi qu’une formation de haut niveau compétitive, nous aurions pu atteindre notre objectif de qualification pour la Coupe du monde », conclut Ghizlane.

Par conséquent, Ghizlane cherche à éviter aux futures générations ce dans quoi cette génération de footballeuses est tombée. « Mon message est toujours adressé en premier lieu aux parents », dit-elle, « soutenez vos filles si elles ont un intérêt pour le sport ». Car s’ils ne soutiennent pas leurs filles dans leur pratique du sport, il leur sera difficile de faire face aux obstacles qu’elles vont rencontrer et elles vont échouer. C’est ce que j’ai conclu de mon expérience : « si mes parents n’avaient pas été à mes côtés, je n’aurais pas été footballeuse, et je serais restée confinée dans le carcan communautaire et ses ragots. »

« Nous sommes sur la bonne voie pour être au niveau du football masculin. Nous ne rendrons jamais les armes et nous ne nous renoncerons jamais. »

L’optimisme domine dans la voix de Ghizlane, qui souhaite que toutes les filles marocaines puissent s’affirmer et prouver leurs capacités sportives.

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