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Honey Thaljieh est l’une des premières joueuses de football en Palestine. Elle a découvert le football à l’université à Bethléem en 2003. Elle est aussi la fondatrice de l’équipe Diyar Bethléem, le premier club de football féminin en Palestine. Quelques années plus tard, l’ambition de la jeune joueuse palestinienne l’a emmenée au-delà des frontières de son pays pour devenir la première femme arabe, désignée au sein de la Fédération Internationale des Associations de Football (FIFA), à la tête du Département des Relations Publiques.
هني ثلجية

Qu’est-ce qui vous a plu dans le football, à vos débuts, alors qu’à l’époque il était perçu comme un sport masculin ? 

Au début, j’ai choisi le football comme un défi. Je voyais les garçons jouer dans les vieux quartiers de Bethléem où vivait ma famille et je me demandais pourquoi je ne jouais pas moi aussi. Surtout que dans les circonstances où nous vivions à l’époque, le football était l’unique échappatoire. Surtout avec la guerre, l’Intifada et les circonstances pour ma famille. Nous étions cinq enfants qui vivions avec nos parents dans la même pièce. C’est pour cela que quand je rentrais de l’école, je rejoignais mes amis dans le quartier pour jouer avec eux. Les critiques ont commencé car je suis une fille. Alors le défi est devenu plus important pour moi. Pourquoi mes frères ont-ils le droit de passer de longues heures dehors et on me l’interdit à moi, juste parce que je suis une fille ? J’étais la seule fille à considérer que le football est un jeu de ballon, peu importe qui le pratique, fille ou garçon. Surtout que j’étais douée pour ça, d’où mon insistance.

Des années plus tard, vous rejoindrez la FIFA, quels sont les points de similitude et de divergence entre l’Occident et le monde arabe dans le traitement du football féminin ? 

Le football féminin, sur la scène mondiale, est apparu dans les années 20. Cependant, après la deuxième guerre mondiale, les choses ont changé. Le jeu est devenu résolument masculin et on a arrêté de voir des femmes jouer au football jusqu’aux années 1970 en Allemagne. En revanche, aujourd’hui, le football féminin s’est développé internationalement et la coupe du monde féminine en France en 2019 a été suivie par pas moins d’un milliard de personnes. Les billets ont été tous vendus. Les sponsors s’y sont intéressés et les médias aussi. Et c’est là que les mentalités ont commencé à changer vis-à-vis de ce sport.

Le football est un sport pour tout le monde, sans distinction de sexe, de religion ou de nationalité. Il y a aussi une forte mobilisation des organisations de défense des droits de l’homme pour défendre l’égalité dans le domaine des sports et c’est ce qui a permis un début de changement des mentalités en Europe. Dans le Moyen Orient et les pays du Maghreb, l’intérêt pour le football féminin est récent avec des coupures parfois pendant des années. La différence est donc due aux lois et aux politiques que les pays adoptent pour développer les sports féminins.

La FIFA insiste sur l’importance d’avoir des équipes féminines de football dans ses relations avec les fédérations nationales et sur la nécessité d’allouer une partie de son soutien financier pour ses pays au football féminin. Par exemple, la FIFA a consacré un budget pour soutenir les fédérations nationales pour faire face aux répercussions liées à la crise sanitaire. Le budget qui a été alloué à cette opération est d’environ 1,5 million de dollars dont 500 000 dollars dédiés au football féminin. Le devoir des fédérations arabes est de réformer les systèmes actuels afin de donner une opportunité aux femmes et je suis certaine que leurs équipes féminines ont plus de potentiel que leurs homologues masculins.

Êtes-vous d’accord pour dire que la coupe du monde de la FIFA de 2019 a changé l’approche du public, des médias et des gouvernements vis-à-vis du football féminin ? Quid de l’absence des équipes arabes ? 

La Coupe du Monde en France a été jouée avec seize équipes en 2019 et en 2023, elle se jouera avec trente-deux équipes. C’est une excellente évolution au niveau mondial pour les équipes féminines. Car cela permettra à plus d’équipes de participer. En ce qui concerne l’absence des équipes de notre région, elle est due à l’absence de l’investissement dans le football féminin et aux sociétés qui ne l’acceptent pas pour les femmes. La première coupe mondiale féminine a eu lieu en 1991 en Chine.

Aujourd’hui la Jordanie travaille sérieusement sur le développement du football féminin en plus de plusieurs pays qui commencent à s’intéresser au sujet. J’espère qu’il y aura une équipe arabe qui nous honorera dans la coupe du monde de 2023. Pour y parvenir, nous avons besoin de présidents de fédérations qui investissent dans ce domaine et qui fournissent une infrastructure et des conditions qui permettront aux joueuses de pratiquer leur sport dans de bonnes conditions.

Que pensez-vous des inégalités qui existent partout, dans les salaires par exemple, entre les joueuses et les joueurs au sein des mêmes fédérations ? Aux Etats-Unis, les joueuses de l’équipe nationale de football féminin ont porté l’affaire devant la justice. 

Bien sûr, elles ont le droit d’exiger l’égalité d’autant plus qu’elles ont remporté la coupe du monde quatre fois pendant que l’équipe masculine n’est jamais parvenue à arriver aux finales de la coupe du monde. Mais le problème, ce sont les sponsors, les droits de diffusion, la vente des billets. Les hommes suscitent plus d’intérêt alors que pour les femmes, l’intérêt est récent, par conséquent, les revenus sont faibles, ce qui affecte les salaires des joueuses.

Aujourd’hui, j’espère que l’héritage qu’a laissé la dernière coupe du monde en France aidera à développer les conditions de la coupe de 2023 pour réduire cette disparité de traitement entre les joueuses et leurs homologues masculins.

Le président de la FIFA a déclaré son intention de faire progresser le football féminin, à travers le lancement de la coupe du monde des clubs féminins ainsi que la création d’une ligue mondiale pour les équipes féminines. Quel est l’impact de la pandémie sur ces projets ? 

La crise sanitaire a affecté la vie de tout le monde et les activités sportives en général. Nous utilisons le sport comme un moyen pour changer la vie des femmes, des hommes et des enfants mais les priorités ont changé. A la FIFA, nous avons lancé des campagnes pour sensibiliser les gens à l’importance de la santé avant le football. En plus des campagnes pour encourager les gens à rester chez eux pendant la période de confinement. Le président de la FIFA est très sensible au développement du football féminin, et comme je l’ai expliqué, il consacre un tiers du budget alloué aux fédérations nationales au secteur du football féminin. Nous espérons que les équipes arabes profiteront de ces sommes d’argent pour investir dans le développement de leurs équipes féminines pour atteindre la coupe du monde.

Que pensez-vous de l’intérêt que portent les médias pour le sport féminin en général et du football féminin en particulier ? 

Après la coupe de 2019, l’intérêt médiatique pour le sport féminin s’est accru. Notamment sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, il faut mettre en avant les success stories, les modèles à suivre. Beaucoup de pays occidentaux ont conduit des recherches et des études sur le football féminin. Les femmes ne sont pas seulement sur le terrain, elles occupent également des postes de décision et il faut en parler. Ainsi que les journalistes sportives, auxquelles il faut aussi s’intéresser et mettre en avant leurs profils. Les médias contribuent au changement des mentalités, leur rôle est donc important et il faut qu’ils renforcent la couverture du sport féminin.

Il faut que nous ayons une stratégie pour montrer les capacités des femmes dans les stades et dans les coulisses. Nous avons, en plus, besoin d’hommes qui soutiennent le football féminin. Car ils sont présents dans des postes de décision et s’ils soutiennent les sportives nous arriverons au niveau auquel nous rêvons afin de changer le schéma dominant et parvenir à l’égalité entre la femme et l’homme. Je suis heureuse d’être avec vous dans ce magazine aujourd’hui et je vous remercie de l’intérêt que vous portez au sport féminin.

Que pensez-vous du sport comme moyen d’autonomisation des femmes et des jeunes filles?

Je vais parler du football et de mon histoire personnelle comme exemple qui confirme que le sport est important pour autonomiser les femmes. J’ai commencé à jouer dans les ruelles de Bethléem et me voici aujourd’hui à la FIFA. Je suis ambassadrice de plusieurs institutions. Et cela grâce au football qui aide à mon avis, non seulement à autonomiser la femme mais à lui donner ses droits, à la respecter et à renforcer sa confiance en elle.

Le sport offre à la femme une opportunité pour jouer un rôle dans la société, pour la développer. L’autonomisation de la femme signifie l’autonomisation de la plus grande partie de la société, il faut qu’on se débarrasse du schéma dominant, de l’idée que la femme est limitée dans ses capacités. Nous sommes au 21ème siècle. Il est temps pour les femmes de se débarrasser de ce qui les limite.

Arrêtons de parler de ce que la femme peut et ne peut pas faire et d’impliquer les coutumes, traditions et religions dans le sujet. Il faut que les femmes jouent leur rôle dans la société. Main dans la main avec les hommes, car sans cela, nos sociétés n’avanceront jamais. Il faut changer les systèmes éducatifs pour y parvenir.

La pandémie nous a appris que les femmes font partie intégrante de la société et en constituent une composante très puissante et efficace. Les Etats qui ont réussi à maîtriser la pandémie sont ceux dirigés par des femmes. Les femmes dans nos sociétés ont des capacités, il faut juste leur donner la possibilité de participer à la prise de décision. Personnellement, j’encourage les fédérations et les gouvernements à investir dans le football féminin car les rendements seront plus importants de ce qu’ils peuvent imaginer et cela profitera à toute la société. L’égalité est importante, j’espère voir un jour des femmes arabes à la tête de d’une fédération de football et pourquoi pas des chefs de gouvernements.

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