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Nawal Moutawakil, une icône olympique
Elle était la première femme à remporter la médaille d’or au 400m Haies féminin aux JO de Los Angeles 1984. C’était la première fois que le Comité olympique ouvrait cette discipline aux femmes. L’occasion pour celle était déjà championne dans son pays de briller au niveau mondial. Retour avec Nawal Moutawakil sur une histoire que continuent d’écrire des sportives arabes et africaines.

Qu’avez-vous ressenti ce 8 août 1984, quand vous veniez de pulvériser le plafond de verre pour toutes les athlètes ?

Heureuse, bien sûr et fière d’avoir hissé haut le drapeau du Maroc lors de cette manifestation suprême.  Mais il y a eu aussi ce sentiment de chagrin et de regret de ne pas voir mon père partager ce moment unique de joie et de fierté. Il était décédé quelques mois avant ma victoire. Lui qui croyait fort en mes capacités. D’où cette expression de chagrin profond mêlée à la  joie sur le podium olympique.

Concernant le plafond de verre, ce fût un réel plaisir en toute modestie de voir ma personne briser tant de tabous et de préjugés en gagnant le tout premier 400 mètres haies féminin de l’histoire olympique. Ce fût le rêve ultime ! Il a suffi de 54 secondes 61’’ pour transformer mon rêve en réalité et devenant ainsi l’ambassadrice du sport et de mon pays, avec le devoir de transmettre toute mon expérience durement acquise et les vraies valeurs du sport à des millions de femmes et de jeunes filles souffrant du manque d’opportunités et de la pression sociale.

37 ans après votre exploit, on annonçait enfin la parité pour les JO de Tokyo. En 1984, les femmes représentaient seulement 23 % des compétiteurs. Pourquoi est-ce que la diversité de genre prend autant de temps ?

Je voudrais préciser qu’au cours des 25 dernières années, le CIO a défendu la participation des femmes à tous les niveaux, que ce soit aux Jeux Olympiques, au sein du Mouvement Olympique ou de sa propre organisation. Le nombre de femmes concourant aux Jeux a augmenté de manière significative, passant de 34% à Atlanta 1996 à un nouveau record de 49 % attendu à Tokyo 2020 et un engagement à atteindre une égalité parfaite aux Jeux Olympiques de Paris 2024.

L’un des éléments moteurs de cette évolution positive est l’engagement du CIO à créer plus d’opportunités pour les athlètes féminines en élargissant le programme olympique afin d’y inclure plus d’épreuves féminines. À Tokyo, quatre Fédérations Internationales proposeront pour la première fois un nombre identique d’épreuves masculines et féminines (aviron, canoë, haltérophilie et tir).

A Tokyo également, et ce pour la toute première fois – il y aura au moins une femme et un homme dans chacune des 206 délégations. Par ailleurs, les règles ont été changées afin de permettre aux Comités Nationaux Olympiques de nommer une femme et un homme pour porter ensemble le drapeau de leur délégation lors de la cérémonie d’ouverture.

Reconnaissant que l’équilibre entre les hommes et les femmes aux Jeux Olympiques n’est pas suffisant, le CIO a lancé, en mars 2018, son projet d’analyse sur la question de l’égalité des sexes. Les recommandations de ce dernier portent sur cinq thèmes clés: le sport, la représentation, le financement, la gouvernance et les ressources humaines. C’est un résultat tangible de l’Agenda olympique 2020, la feuille de route stratégique du Mouvement olympique.

Atteindre plus de diversité dans les instances de gouvernance du sport mondial jouera un rôle important pour la promotion du sport féminin. Vous avez fait votre entrée à la Commission exécutive du CIO en janvier 2020, une commission qui ne compte que 5 femmes sur 15 membres. Comment se passe la féminisation des postes de décision au sein du comité olympique ?

Le CIO a joué un rôle de premier plan dans la promotion de l’égalité des sexes au sein de sa direction en faisant en sorte de porter le pourcentage de femmes parmi ses membres à 37%, soit au-delà de l’objectif fixé, à savoir que 30% des postes décisionnels soient occupés par des femmes fin 2020. Il y a quelques mois, le CIO annonçait par ailleurs la composition de ses commissions, avec 47,7% des sièges occupés par des femmes, un résultat concret découlant des réformes engagées à la suite de l’adoption de l’agenda olympique 2020.

La plateforme Taja que nous lançons sera la première dédiée au sport féminin dans le monde arabe. Comment voyez-vous aujourd’hui le rôle des médias dans la promotion du sport auprès des femmes et dans la mise en lumière des exploits sportifs féminins ?

Je félicite l’idée de la plateforme Taja qui ne peut que renforcer la place de la femme arabe dans le sport. Aujourd’hui, il est évident que les médias constituent un levier indispensable pour sensibiliser la population sur les questions d’égalité entre hommes et femmes. Pour la question du sport, Il est important de mettre en lumière les bonnes pratiques à respecter en matière de représentation dans la communication et dans les médias. Cette dernière couvre bien évidement le vocabulaire, les images, la notoriété et le positionnement utilisés dans les messages diffusés et les reportages.

Il est temps de prendre la représentation équilibrée des sexes au sérieux et veiller à ce qu’elle soit présente à tous les niveaux sachant que le combat pour vaincre les préjugés est long.

Les femmes dans le monde arabe souffrent de beaucoup de biais sociétaux et culturels quand elles s’intéressent au sport, alors que le sport est reconnu aujourd’hui comme un réel vecteur de développement au sein de nos sociétés et d’autonomisation des femmes. Quel est votre message à toutes ces femmes ? 

Mon conseil à toutes ces femmes souhaitant faire du sport est de s’entrainer de manière assidue avec rigueur et détermination, toujours dans la joie, de s’investir pleinement dans tout ce qu’elles entreprennent et surtout d’aimer ce qu’elles font avec passion et abnégation. Car le sport après tout permet d’améliorer la qualité de la vie. Il permet aussi de renforcer l’estime de soi, la confiance en soi et la maitrise de soi afin de combattre les stéréotypes.

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