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Le sport, une formidable échappatoire pour les refugiées du camp de Zaa’tari
Au nord de la Jordanie, à environ 16 kilomètres de la frontière syrienne, les filles et les garçons du camp de Zaa’tari trouvent refuge dans « La Maison du sport », cet espace qui depuis 2016, rassemble les réfugiés syriens au tour d’activités sportives.

Quatre années environ avant son inauguration, la Fondation UEFA pour l’enfance, en collaboration avec le Projet de Développement du Football Asiatique (PDFA), posaient la première pierre du projet « Maison du sport », soutenu et supervisé par le Prince Ali Bin Al Hussein, Président de la Fédération de Football d’Asie de l’Ouest.

Waad EL-SHAWAMRA, L’une des « faiseuses » du projet et l’actuelle Coordinatrice de la section féminine, nous raconte : « dès que j’ai appris qu’il y avait des séances d’entrainement de football, j’ai foncé pour m’y inscrire. J’ai toujours aimé ce sport, c’était une opportunité à ne pas manquer. » 

Waad et 26 autres femmes, toutes âgées entre 18 et 40 ans, ont suivi un entrainement quotidien pendant un an et demi « ces formations nous ont permis par la suite de devenir coach de jeunes filles de 8 à 17 ans, de former des équipes sportives et d’animer des ateliers », nous dit-elle.

Cependant, la mission de la coach n’était pas des plus simples. Et pour cause ! avant d’aider ces jeunes talents à trouver le chemin des buts, elle a dû faire en sorte que ces derniers, arrivent à s’affranchir des carcans culturels et des mentalités conservatrices. 

A ce propos, elle dit : « Je partais à la rencontre des parents des joueuses afin de les convaincre d’inscrire leurs filles. Il y avait des femmes qui ne connaissait rien au sport. Certains, s’opposaient à cette idée à causes des traditions et des coutumes. Mais nous avons réussi à vaincre cela en couvrant les salles de rideaux occultants, en permettant aux filles voilées de garder le voile durant l’activité, en interdisant de prendre des photos sans accord préalable des parents et en composant un staff exclusivement féminin pour entrainer les filles. Au départ, l’affluence était très faible. Il faut dire que pendant l’été, la chaleur nous pose aussi un énorme défi, car dans ce camp, il n’y a pas d’immeubles hauts, ni même un seul arbre. »

Avant l’ouverture du premier terrain aux normes internationales, les équipes étaient réparties sur des mini terrains, sans pelouse. Les parents des joueuses considéraient cela comme un obstacle supplémentaire.

« L’existence d’un terrain et d’un centre sportif a facilité notre communication avec la population et a attiré davantage de joueuses. En ma qualité de coordinatrice, je dois rester en contact permanant avec les familles des joueuses et les sensibiliser à l’importance de l’activité sportive physique et mentale », explique Waad.

Après plusieurs années de travail de sensibilisation et de proximité, plus de 3000 filles font partie aujourd’hui du projet “Maison du sport”.

Des résultats dont Waad est fière : « Nous pouvons à présent percevoir le changement des mentalités des populations au sein du camp et leur acceptation de l’idée d’une petite fille sportive. Maintenant, les parents viennent d’eux-mêmes pour inscrire leurs filles. Et les joueuses sont devenues plus sérieuses en ce qui concerne les horaires d’entrainement et l’assiduité. Tout cela prouve l’impact positif du projet sur la société. »

Pendant l’entrainement, à la mi-temps, les filles sont plongées dans des débats et des discussions avec leurs coachs et leurs coéquipières « la Maison du sport n’est pas uniquement un endroit pour jouer au foot. Nous disposons d’une sorte de cellule de soutien psychologique, nous essayons de trouver des solutions aux problèmes des filles. Selon mon estimation personnelle, 70% d’entre elles rencontrent des problèmes au sein de la famille ou à l’école. Beaucoup de filles sont en décrochage scolaire aussi, alors notre rôle est de les inciter à reprendre l’école. Si une fille décide de se retirer, nous restons en contact avec elle et bien entendu, la porte est toujours ouverte quand elles reviennent », analyse la Coordinatrice de la Section Féminine.

En somme, l’existence d’un tel soutien peut changer la vie des jeunes refugiées, à l’instar de cette jeune fille dont l’histoire a fortement touché Waad. 

« C’était une joueuse de talent, mais sa belle-mère lui interdisait d’assister aux entrainements. Je suis donc intervenue pour permettre à la fille de saisir sa chance. Implicitement, j’ai réussi à faire changer d’avis la belle-mère, nous l’avons même conviée au centre afin de la remercier de sa coopération. Après cela, la jeune adolescente s’est transformée. Je la voyais rire et converser avec ses coéquipières. Le changement ne vient pas de nulle part et c’est cela que nous visons avec ce projet. »

Chaque mois, se tient une compétition ouverte à de différentes catégories d’âges qui s’affrontent pendant 1 à 3 jours. La première catégorie regroupe les moins de 10 ans, la seconde est ouverte aux enfants de 10 à 13 ans et enfin la dernière catégorie, rassemble les 15 à 18 ans. En dehors des 20 équipes sous l’égide de « la Maison du sport », d’autres équipes de plusieurs organisations participent à ce tournoi. 

Parmi les compétitrices, la capitaine Islam EL REFA’I, 14 ans, rêve de devenir plus tard, joueuse internationale de football : « le sport est ma vie, j’aime beaucoup le ballon. J’ai commencé à jouer il y a 5ans et j’ai disputé beaucoup de matchs, j’ai aussi gagné pas mal de médailles d’argent, d’or et même, deux coupes. »

Un des matchs auxquels la jeune Islam a pris part, était organisé par « La Liga » dans le cadre d’un programme social et éducatif au sein du camp Zaa’tari. Ce programme créé en 2018 par la section des projets sportifs de « La Liga » en collaboration avec le projet du développement du football mondial, avait pour objectif d’améliorer la qualité de vie des jeunes filles réfugiées en utilisant le football comme outil pour promouvoir et développer les valeurs positives. 

L’équipe d’Islam a été mise en échec lors de ce match, elle se confie :

 « Je n’aime pas perdre, j’ai pleuré mais mes amies et toute l’équipe m’ont soutenue. Mon rêve n’a pas changé, je souhaite devenir une footballeuse célèbre et voyager dans le monde. »

Islam partage cette ambition avec plusieurs de ses coéquipières en dépit du carton rouge attribué par la société qui s’interpose à leur désir de se professionnaliser dans le domaine sportif, tel que constaté par Waad, la coordinatrice de la section féminine : « Beaucoup de talents ont certainement les aptitudes pour prétendre à une carrière professionnelle, mais malheureusement, le phénomène du mariage précoce est très répandu sur le camp, cela est le cas pour plusieurs joueuses qu’on ne voyait plus dès l’âge de 15 ans.»

Pour rappel, selon Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, 80 000 déplacés syriens vivent dans le camp de Zaa’tari, dont, 50% ont moins de 18ans. C’est le plus vaste camp de réfugiés du Moyen-Orient et il rassemble le plus grand nombre de réfugiés syriens au monde.

C’est dans ce contexte que le directeur du centre, Abdallah Sulaiman souligne le rôle crucial que joue la Maison du sport dans la vie des enfants et de son impact psychologique et social : « Le sport est important pour le développement personnel des enfants qui évoluent loin des séquelles laissées par la guerre et les drames qu’ils ont pu vivre en Syrie ».

En plus de cela, la Maison du sport veut impliquer les réfugiés syriens dans la gestion de son administration. Abdallah SULEIMAN indique à ce propos : « En réalité, il n’y a pas d’autres employés qui travaillent sur le projet en dehors de ceux qui sont à l’intérieur du camp. Tous les coachs et arbitres y habitent. L’expertise étrangère n’a été sollicitée qu’au début du projet, comme cela a été le cas avec l’ancienne footballeuse, Abir EL ZENTISSI qui nous a aidés à mettre en place les ateliers ».

Aujourd’hui, le camp de Zaa’tari compte dans ses rangs, des milliers de filles et de garçons qui font d’autres activités sportives que le football. On y pratique des sports tels que la zomba, les arts martiaux, le judo et le ping Pong. Le sport aide les réfugiés à tisser des amitiés et des relations sociales, développer leur personnalité et promouvoir l’esprit de la tolérance « grâce au sport, je sais ce que je veux faire et je sais que je peux le faire. », finit de conclure Islam.

 

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