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Le long combat des sportives soudanaises
Le mouvement sportif féminin au Soudan est né au début des années 50 du siècle dernier, contrairement à de nombreux pays voisins. Les années 60 ont connu la création de plusieurs fédérations sportives. Mais les changements qu’a connu le pays à la fin des années 70 va freiner cette dynamique.
Traduction: Soukaïna Guedira

Ce sont des lois discriminatoires qui ont changé le cours de la vie de nombreuses sportives soudanaises et limité leur ambition, qui dépassait pourtant les frontières du troisième plus grand pays africain en termes de superficie avant la séparation du Nord et du Sud. 

Les dernières années du mandat du Président Jaafar Nimeiry ont été marquées par la restauration du droit pénal musulman et plusieurs lois limitant les libertés des femmes – qui conduisaient des voitures dans les années quarante – et donc des femmes pratiquant du sport.

Jaafar Nimeiry et son épouse Buthaina Khalil se prennent en photo au milieu de nageurs et nageuses soudanais après une compétition en 1975 (voir photo), à l’occasion de la fête de l’indépendance du pays. Il est difficile de croire qu’il s’agit du même Président soudanais qui a choisi par la suite de faire alliance avec le mouvement islamiste responsable de l’arrêt du développement de la pratique sportive féminine au Soudan.

« Il y avait un soutien sérieux pour les sportives au début de l’ère Nimeiry. Il avait l’habitude d’assister aux matchs et aux compétitions, de nous soutenir et de nous encourager. Ensuite tout a changé », se souvient la nageuse soudanaise Sarah Jadallah.

Jadallah a remporté la médaille d’or du 50m dos au championnat soudanais en 1968. La nageuse qui était atteinte par la polio dans son enfance, rêvait d’avoir la même carrière que la championne égyptienne, Sahar Mansour, dont la carrière a également commencé par une médaille d’or dans les championnats juniors en Egypte, dans la catégorie 50m. « C’était mon idole », dit Jadallah qui n’était pas la seule championne de natation au Soudan à cette époque. Il y avait Siham Samir Saad, Hoda Hamdy, Mona Zaki, Sanra Barsian, Bouchra Khan, Mona Hussein Karar, et Dina Mirghani …

Des noms arabes, arméniens et grecs qui montre la diversité de la société soudanaise à cette période. Le sport restait pourtant un privilège de l’aristocratie. Les disciplines les plus populaires étaient alors l’équitation, le tennis et la natation. 

Les premières fédérations sportives à voir le jour furent la fédération de tennis en 1956, celle du basket-ball en 1947, la fédération de l’équitation en 1977, d’athlétisme en 1959, et la natation au milieu des années 1960. 

Bien avant cela, la fédération soudanaise de football avait été créée en 1936 et son adhésion à la FIFA avait eu lieu en 1948. Il s’agit de la troisième fédération la plus ancienne de la région MENA après la Fédération d’Egypte créée en 1921, et la palestinienne en 1928. 

Saviez-vous que la première femme arbitre d’un match de football masculin est probablement soudanaise ? Mounira Ramadan (elle est décédée en mars 2020) arbitrait des matchs de la ligue soudanaise au début des années 70. 

La pratique sportive féminine, après avoir connu son essor dans les années 50 et 60 (et début des années 70), a été ensuite marginalisée pendant des décennies, à cause du tournant conservateur pris par la société soudanaise dès la fin des années 70, début des années 80.

Ce n’est qu’en 2001 que l’entraîneur italien Joseph Lucudo a réussi à créer une équipe féminine de football qu’il a baptisée l’équipe Tahadi (défi) pour « rappeler les difficultés rencontrées par l’équipe », raconte la première capitaine de l’équipe, Sarah Edward. 

Ce sont des années de lutte individuelle et collective qu’a connues le sport au féminin au Soudan. Les sportives soudanaises rêvent à nouveau d’une nouvelle ère pour la pratique féminine dans leur pays, après la chute du régime d’Omar El Béchir début 2019.

« Lorsque le régime El Béchir était en place, il y avait des sports que seuls les hommes étaient autorisés à pratiquer », souligne l’ancienne entraîneuse Sarah Edward. «  Nous nous sommes battues pour participer aux tournois locaux ou régionaux. Nous avons même participé à la compétition « Discover Football » en Allemagne en 2016. »

Au cours de la dernière décennie, le nombre d’équipes féminines de football a augmenté au Soudan. Et avec la nomination de Wala’ el Bouchi au poste de ministre de la Jeunesse et du Sport dans le gouvernement de transition, tous les espoirs sont permis. Le Soudan a organisé le premier tournoi de football féminin en octobre 2019. Deux éditions ont déjà été organisées depuis et pas moins de 23 équipes soudanaises ont participé cette année. 

Le nombre de femmes pratiquant le football a dépassé les 650 joueuses. Et désormais, les matchs féminins sont diffusés à la télévision. Ce qui était inimaginable jusqu’à récemment. L’avenir du sport au féminin au Soudan semble prometteur.  

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