N°2 : Juillet – Décembre 2021
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Sport et égalité des genres : où en est le modèle tunisien ?
Jour après jour, les voix sont plus fortes pour l’égalité entre hommes et femmes, afin que les femmes prennent leur place naturelle dans le monde du sport. Nous avons commencé à apercevoir certains signes montrant que cela peut advenir, l’exemple le plus marquant étant l’égalité de rémunération des femmes et des hommes dans les équipes nationales de football des États-Unis. Cela nous amène à nous demander : où en sommes-nous pour l’égalité des sexes dans le sport arabe ? Le fait est qu’il y a beaucoup de phénomènes qui révèlent que nous en sommes encore loin : ainsi, les différences de salaire et de couverture médiatique, de même que le stéréotype parfois négatif des femmes sportives qui perdure. Prenons l’exemple de la Tunisie pour examiner cette question plus en profondeur.
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Préjugés sexistes

Alors que les salaires de certains joueurs dans la Ligue de football tunisienne ont dépassé la barrière de 300 000 $ par an, la majorité des joueuses de football en Tunisie ne reçoivent aucune rémunération, en dehors d’un léger dédommagement pour se déplacer et assister à l’entraînement.

La couverture médiatique des sportives professionnelles apparaît faible par rapport aux athlètes masculins. Selon le Tucker Center (Centre de recherche sur les filles et les femmes dans le sport), environ 40 % des sportif.ve.s sont des femmes. Mais le sport féminin ne reçoit que 4% de la couverture médiatique.

Il s’agit d’un cercle vicieux : en effet, la mauvaise couverture médiatique du sport professionnel féminin entraîne une moindre visibilité, et restreint de fait la fanbase. Il en résulte moins de publicités et de sponsors.

Aya Bilaaj, une des stars de l’équipe féminine de la BH Banque ayant gagné le Championnat de football tunisien, a déclaré à Crown Sport : « Nous ne sommes pas payées à la hauteur des sacrifices que nous faisons pour jouer dans cette équipe, à l’exception de la bourse de mobilité, qui est largement insuffisante « .

 

 

Rasha Riabi

Selon Bilaaj, la différence entre la réalité des footballeurs et des footballeuses en Tunisie est vaste. Elle explique : « La couverture médiatique des plus prestigieux matchs et événements féminins résoudra une partie du problème. Nous avons participé aux qualifications de l’African Champions League, à une époque où aucun match de la ligue tunisienne ne nous était retransmis « .

Le manque d’accès des joueuses à un salaire et à des avantages sociaux a fait croître le phénomène de réticence à l’activité sportive, et le nombre d’athlètes féminines a considérablement diminué. Leur nombre en Tunisie est passé de 31 000 en 2012 à 25 000 au début de 2015, puis à 22 000 début 2022.

Les stéréotypes sur le sport féminin sont l’un des problèmes les plus graves affectant le niveau des joueuses, une expérience ayant montré que ces stéréotypes négatifs altèrent leurs performances. Ainsi, un certain nombre d’athlètes tunisiennes ont été soumises à des campagnes de dénigrement sur leurs apparences physiques et leurs tenues via les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook.

La joueuse de l’équipe de football tunisienne, Rasha Riabi, considère que les commentaires satiriques sont un phénomène qui connaît une forte présence en Tunisie. « Lors de la participation de l’équipe tunisienne à Cannes 2022, j’ai lu beaucoup de commentaires sarcastiques disant que la place des joueuses était à la cuisine. »

Aya Bilaaj

Avis d’experts

Un certain nombre d’experts et d’adeptes du sport féminin ont mis en garde contre la persistance des préjugés sexistes. « Le sport féminin est toujours considéré comme un hobby en Tunisie, le rendant non soumis aux lois professionnelles, ce qui réduit l’accès des joueuses à leurs droits. « Hishri ajoute : « L’intérêt pour le sport féminin reste faible parmi les officiels et les médias. »

La plupart des experts s’entendent pour dire que le sport féminin regorge de talents, et lorsque les femmes réussissent dans un sport, nous voyons l’ampleur de son impact sociétal et l’intérêt des sponsors. Cependant, en réalité, il n’y a pas d’effort véritable pour l’égalité des sexes dans le sport. Nous continuons de faire face à un certain nombre de défis, notamment la captation de la majorité de l’attention et des fonds par les hommes. La perception de la société continue d’être marquée par beaucoup de préjugés et de discrimination.

 

 

 

 

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