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Au Maroc, les terrains de proximité peu fréquentés par les femmes
Dans les villes marocaines, comme Rabat, Marrakech ou Casablanca, des terrains recouverts de gazon attirent l’attention des passants. Aménagés pour la pratique du football, ils accueillent, chaque semaine, enfants, jeunes hommes et adultes qui s’y rassemblent par dizaines de milliers pour s’adonner à leur sport favori. En revanche, l’absence féminine dans ces aires vertes se fait remarquer. A l’approche de la journée internationale du sport féminin, le 24 janvier, la plateforme Taja Sport a relevé les points suivants : qu’est-ce qui empêche les femmes de s’y rendre ? Comment la femme jouait-elle au football dans la moitié du 20e siècle ?

Leila est responsable de l’accueil dans un terrain privé à Kenitra. Dans une interview accordée à Taja Sport, elle précise que « les femmes fréquentent rarement l’endroit pour jouer au football. L’année dernière, deux équipes étaient venues jouer au foot à 5 pendant une heure de temps. A vous dire la vérité, cela fut assez surprenant. Les autres sportifs ont arrêté leur entraînement pendant quelques instants pour les regarder ».

Ces équipes étaient alors composées de femmes dont la tranche d’âge varie entre 40 et 50 ans. Impressionnée par leur prestation, Leila relate cet épisode avec regret. « Ce fut une initiative sans lendemain. Les efforts déployés par l’une des joueuses pour réunir ses collègues à nouveau sur le terrain sont restés vains », se désole-t-elle.

Taja Sport a essayé d’entrer en contact avec la porteuse du projet qui a refusé d’accorder un entretien à la plateforme pour des raisons professionnelles. Elle a cependant affirmé que « réunir deux équipes pour pratiquer le foot à 5 sur un tel terrain sous le regard du grand public est extrêmement difficile ». D’après elle, rien n’interdit aux femmes de jouer au football sur ces terrains au Maroc. Ce sont plutôt les joueuses qui se le prohibent ».

Même phénomène à Marrakech, au centre du Maroc, où Zakiya réceptionne les footballeurs et footballeuses dans un terrain de proximité très fréquenté. Elle relève le même cas de figure que celui observé à Kenitra : « Les équipes féminines y sont quasiment absentes, ces terrains étant dominés par la gent masculine ». Et de poursuivre : « Cela fait presque cinq ans que je travaille ici. Depuis, je n’ai témoigné que deux fois seulement de la présence de femmes, au nombre de six, il y a de cela quatre ans ». Sur les causes de cette abstention, Zakiya estime que « c’est par manque de temps et en raison de leurs préoccupations que les femmes peinent à venir jouer au foot. Peut-être même qu’elles trouvent que s’y adonner est indécent ».

Au Maroc, les terrains de proximité relèvent du secteur public et sont gérés par les municipalités. Récemment, de nombreuses aires de jeux ont vu le jour sous l’impulsion du secteur privé, avec des prix d’entrée variant entre 1,5 $ et 4 $ par joueur. Plusieurs sports peuvent être pratiqués sur ces sols couverts de gazon synthétique ou naturel, ou parfois des deux.

La cour de la maison : une autre option géographique

Avant les années 1990, il était inconcevable de voir des femmes en train de jouer au football. Seule l’équipe marocaine et quelques équipes locales pouvaient le faire à des moments précis de l’année. Pour contourner ce problème, les Marocaines ont trouvé le moyen de pratiquer ce sport. Comment procédaient-elles ?

Pour répondre à cette question, Taja Sport a contacté plusieurs femmes originaires du Maroc. Pour exprimer leur passion pour le foot, chacune a eu recours à ses propres moyens. Khadija, est l’exemple de la femme qui, à la fin des années 1960, a choisi les ruelles de son quartier pour exercer son activité préférée. « J’ai joué avec les enfants du quartier dans les rues couvertes alors de terre et de pierre. Après mon mariage, c’est avec mes enfants que je l’ai fait. Maintenant qu’ils ont grandi, nous regardons ensemble les matchs à la télé. Le dernier que nous avons vu ensemble était la demi-finale de la Coupe du monde entre le Maroc et la France », se rappelle la sexagénaire originaire de Casablanca.

Fatima, d’une soixantaine d’années, est originaire de Marrakech. Elle trouve cela impressionnant que les femmes puissent jouer au football sur du gazon. Elle se remémore les années 1960 et 1970, où un tel fait aurait été inconcevable. « Ma mère et moi avions l’habitude de jouer pieds nus dans la cour de la maison. Parfois, nous nous lancions le ballon avec les pieds, parfois avec les mains. On s’amusait énormément et nous profitions pleinement de notre temps. Nous avions notre propre monde sportif », confie l’interlocutrice, qui, enfant, rêvait de devenir championne.

Soumaya Zarniji est une quinquagénaire qui, malgré l’interdiction de ses parents, jouait au football dans le quartier. « Nous avons joué sur l’asphalte, un grand nombre de filles et moi. Si vous nous aviez dit à l’époque que les filles, voire les garçons, pouvaient jouer sur du gazon, nous ne vous aurions pas cru. Le seul espace couvert d’herbe à l’époque était le jardin public », déclare-t-elle. Soumaya croit fermement que le sport peut être source de changement. Elle affirme vouloir se lancer dans la « recherche de femmes qui accepteraient de former une équipe à ses côtés pour disputer des matchs et s’entraîner des terrains de proximité ».

Ces femmes sportives se réjouissent à l’idée de pouvoir jouer, à leur guise, sur des terrains recouverts de gazon. Il n’en demeure pas moins que pour former des équipes féminines et organiser des tournois, il faut beaucoupp de courage et d’encouragement. Pourquoi ne pas récompenser les équipes gagnantes dans le cadre de compétitions, comme il est fait pour les ligues du Ramadan. Quoi qu’il en soit, l’objectif est un aujourd’hui : favoriser l’essor du football féminin au Maroc et rendre les terrains de proximité accessibles aussi bien aux femmes qu’aux hommes.

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