N°2 : Juillet – Décembre 2021
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Layan Qutaishat : le Basketball est mon refuge
Layan Abdullah Qutaishat, 16 ans, basketteuse junior, nous raconte sa plus belle performance au championnat de basket : « Tout est allé très vite ! Sans échauffement, et après deux heures passées assise sur le banc, j’ai fait mon entrée sur le terrain en fin de match. C’était la prolongation. J’ai alors saisi l’occasion pour marquer les points de la victoire contre l’Orthodox Club, ce qui a permis à notre équipe de se qualifier en finale. La joie a envahi le stade, et le public m’acclamait « LAYAN, elle est vraiment phénoménale ». Je ne trouve pas les mots pour exprimer ce que je ressentais à cet instant précis, c’était l’euphorie ».
Layan Qutaishat
Layan Qutaishat

Après deux ans de travail acharné, et de résilience, Layan prend part à cette compétition, pour la troisième fois. Elle se souvient de sa première participation : « Derrière sa caméra, mon père me demandait, comment tu te sens ? J’étais excitée et j’avais le trac. Je me suis tellement préparée pour cela, et nous y étions enfin. Je me disais que tout se jouait la, et maintenant ». Ce jour-là, l’équipe de Layan, le Fuheis Club, n’avait pas gagné le match. Mais cela n’a pas démotivé la jeune basketteuse : « je joue toujours avec mon cœur, je joue car j’aime le basketball. J’aime gagner, qui n’aime pas gagner ? Mais le plus important à mes yeux, c’est l’esprit d’équipe, mes coéquipières et le soutien qu’on m’apporte ».

Elle n’avait pas encore 12 ans, quand Layan est partie à la recherche de son sport préféré. Natation, équitation, jujitsu et enfin, basketball ; la jeune adolescente excellait dans toutes les disciplines sportives qu’elle pratiquait, mais une seule l’intéressait vraiment. « LAYAN n’abandonne jamais. Petite, elle terminait toujours ce qu’elle commençait. Elle ne se retrouvait pas dans le jujitsu, mais elle a quand même tenue à obtenir la ceinture jaune, avant de se consacrer à sa carrière professionnelle dans le basketball », dit son père.

Layan fait ses débuts avec l’entraineur national Moatasem Salama. Elle décide ensuite, de perfectionner sa technique avec son groupe scolaire. Un tremplin pour signer son premier contrat pro avec le club féminin El Fuheis junior. Et lorsque la jeune basketteuse découvre l’équipe nationale féminine de basket-ball, elle n’hésite pas à les rejoindre, afin de participer aux compétitions féminines régionales de sa catégorie d’âge. « Mon arrivée au club d’El Fuheis, ainsi que mon entrée dans le monde du basket professionnel en Jordanie, ont changé ma vision sur la société et sur moi-même. J’ai compris qu’il n’y avait aucune limite à mes capacités, et qu’aucune difficulté ne pouvait avoir raison de moi », confie-t-elle.

Le soutien de sa famille, et le programme d’incubateur de talents, dont elle bénéficie au sein de son école, ont permis à Layan de prendre d’importantes décision pour sa carrière sportive. En effet, la joueuse a fait le choix d’enfiler le maillot du club féminin orthodoxe, après 4 années chez les basketteuses d’El Fuheis.

Layan Qutaishat

La jeune fille est toujours à l’affut de nouveaux défis. Selon elle, sa décision de changer d’équipe serait motivée par son envie d’élargir ses horizons et d’acquérir de nouvelles compétences. Elle ajoute : « Dans la vie, il faut constamment sortir de sa zone de confort. Et parfois, se lancer dans de nouvelles expériences afin de grandir et d’évoluer ». Cependant, Layan a tissé des liens très forts avec les joueuses de son ancien club, qu’elle devra, désormais, affronter sur le terrain. Mais elle reste sereine à ce sujet, son amitié pour ses ex-coéquipière restera intacte. Mieux encore, elle est convaincue qu’elle en sortira plus forte, et davantage investie dans le basketball. Ainsi, chaque nouvelle étape, la rapproche, encore plus, de son objectif de rejoindre l’équipe nationale féminine jordanienne

En attendant, Layan s’apprête à disputer son 4ème championnat, en novembre. Pour la première fois, elle jouera contre une équipe du même âge qu’elle. Pour se préparer à la compétition, elle suit un programme d’entrainement de 2h à 2H30 par jour, qu’elle complète avec des exercices de CrossFit, afin de se muscler et d’améliorer son endurance. Notamment, après avoir été infectée au corona virus, ce qui l’a incité à fournir de plus gros efforts pour préserver sa forme. « Il arrive parfois, qu’on ne me donne pas la chance que je mérite. Dans les championnats précédents, j’ai joué contre des filles plus âgées que moi. Je réalisais alors, qu’il y avait une différence d’expérience et de compétences. Mais cette fois, je compte bien saisir l’occasion pour montrer de quoi je suis capable », conclue-t-elle.

Par ailleurs, la jeune adolescente se sert du basketball pour soutenir la cause des enfants atteints du syndrome Down. Elle a, par exemple, organisé un tournoi 3×3, et a pu récolter plus de 4 000 dollars (3 000 dinars jordaniens) pour venir en aide à ces enfants. Ce projet lui a permis de transmettre sa passion pour le sport et son désir de créer un changement positif dans sa communauté. A ce propos, elle déclare : « Je suis très fière de cet accomplissement, j’ai travaillé dur pour y parvenir ».

L’ambition de Layan de changer la société, ne s’arrêtent pas là ! à notre question, que feriez-vous si vous deveniez un jour, Présidente de la Fédération de Basketball jordanien ? elle a répondu :
« J’augmenterais le nombre d’équipes féminines, qui sont au nombre de 4, contre 14 équipes masculines. Cela conduit à l’absence d’une réelle compétitivité. Quel que soit le résultat, la qualification en demi-finale est toujours garantie. D’autre part, cela m’offre l’opportunité de jouer contre des équipes étrangères, tel que la Palestine, le Liban, la Grèce, ou encore Abou Dhabi. J’ai même participé à des compétitions mixtes. Tout ces expériences m’ont aidé à appréhender de nouveaux styles de jeu, de m’ouvrir à d’autres cultures, et à communiquer facilement avec elles en utilisant le basket comme langage inclusif »

Pour ce qui est de la nécessité de sensibiliser les jeunes filles au sport, Layan explique : « De manière générale, la communauté sportive est solidaire, pleine de valeurs positives et aide forger le mental. J’aime ce que je fais et je souhaite à toutes les filles de vivre la même expérience que moi. Je pense que l’école est l’endroit idéal pour sensibiliser les filles au sport. Il ne faut pas craindre le regard de la société. D’ailleurs, je fais souvent, l’objet de polémiques à ce propos, sur les réseaux sociaux. Mais cela ne fait que renforcer ma détermination à continuer mon travail de sensibilisation, et à être un modèle pour les filles qui aimeraient devenir basketteuses. J’ai plus de 20 milles followers sur TikTok, et je profite de cette audience, pour défendre le droit à l’égalité entre les deux sexes, et déconstruire les clichés sur les femmes.

Elle ajoute : « Petite, j’ai évolué au milieu de femmes coachs. Elles me représentaient, et cela m’a encouragé à poursuivre ce chemin. Je ne nie pas que j’ai pensé à arrêter plusieurs fois, mais ma passion pour le jeu et mon engagement sociétal me poussent à continuer et à rester encore, pour représenter, à mon tour, les filles de ma génération. Je dis à chaque fille qui hésite à rejoindre une équipe de basket : Vous trouverez une communauté alternative stimulante. Une autre famille et un soutien illimité.
Le terrain est mon refuge. C’est l’endroit où je vais me reposer, peu importe à quel point ma journée a été mauvaise. Je joue pour gagner, pas pour abandonner.

Dans le basketball, Layan a découvert un autre monde, qui lui a permis de se redéfinir, en dehors de son environnement habituel. Les relations qu’elle a construites en tant que junior, l’ont beaucoup enrichie. Si elle n’avait pas joué au basket, elle aurait été une autre fille. Grace au sport, elle a pu sortir de sa bulle. Elle a surtout appris le courage et a su vaincre sa timidité. C’est donc tout naturellement, qu’elle invite toutes les filles à oser le sport.

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