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L’égalité salariale entre footballeurs et footballeuses… un objectif difficile à atteindre ?
Dans la plupart des ligues féminines de football de la région d’Afrique du Nord et du Moyen Orient, les joueuses perçoivent souvent un faible salaire, et ne bénéficie parfois d’aucune compensation financière de la part de leurs clubs. Plus encore, il existe des ligues professionnelles, telles que les tournois marocain et jordanien où les joueuses sont payées pour mener des matchs amicaux et officiels, où lorsqu’elles changent de club. Cependant, ces rétributions sont nettement inférieures aux montants qu’encaissent les joueurs issus de la même région géographique.
CAIA IMAGE SCIENCE PHOTO LIBRARY NEW Science - AFP

« Avec un salaire annuel de plus de 7.5 millions de riyals saoudiens, Abdulellah Al-Malki du club Al-Ittihad rejoint le club saoudien Al Hilal ; « Le joueur marocain du club égyptien Al Ahly SC, Badr Benoun, touche un salaire annuel d’un million de dollars ». Tels sont les titres des articles de presse qui révèlent les sommes que gagne un footballeur dans la région MENA, sans mentionner celles qu’encaissent les joueurs professionnels d’Europe ou d’Afrique subsaharienne. Dans ce contexte, la question qui se pose est la suivante : quel est le salaire de la meilleure buteuse jordanienne (auteur de 123 buts), Maysa Jbarah ? Combien perçoit Mariem Houij, la meilleure buteuse de l’équipe tunisienne, qui a à son actif 30 buts ?

Plus de 3600 footballeuses jouent à haut niveau, dans 46 pays à travers le monde. Toutefois, certaines ne sont toujours pas sorties de la case d’amateur. « Nous travaillons dans d’autres domaines, ne se rapportant aucunement au football, la Fédération négligeant le volet féminin de ce sport. Nous souffrons énormément de marginalisation et de difficultés financières. Avec le temps que nous sacrifions pour le foot, au détriment de notre travail et de nos études, afin d’assister aux entraînements et de prendre part aux matchs, nous méritons un salaire égal à celui des hommes », insiste Soumaya Laamiri, joueuse de l’équipe tunisienne « AS Banque de l’Habitat ».

Les inégalités salariales… un phénomène mondial

Les médias ne rapportent pas les salaires perçus par les footballeuses de la région MENA, bien que les meilleures d’entre elles évoluent dans les ligues turques et françaises. Selon un rapport publié par le média britannique « The Guardian », chaque joueur de l’équipe d’Angleterre de football aurait reçu 217 000 livres sterling en cas de victoire, dans le cadre de la Coupe du monde de 2018. En revanche, chaque joueuse de l’équipe féminine de football d’Angleterre n’aurait encaissé que 50 000 livres sterling dans le cas où elles avaient remporté la Coupe féminine de 2019.

L’égalité salariale entre footballeurs et footballeuses n’existe pas. Selon un précédent rapport du magazine « France Football », cet écart basé sur une distinction des sexes se fait de plus en plus important. En France, une joueuse de football en championnat local gagne en moyenne 4 000 euros par mois, alors qu’en Angleterre, le salaire le plus élevé ne dépasse pas, annuellement, les 35 000 euros. Un salaire bien inférieur à celui même perçu par un joueur aux capacités techniques limitées, qui ne joue que rarement, puisque ces joueurs-là encaissent environ 130 000 euros par an. C’est le cas de Jeremy Ngakia, joueur de l’équipe anglaise « Watford FC ».

Ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la situation qui règne dans la zone MENA. A ce propos, le directeur technique de la Fédération jordanienne de football, Wael Gharzeddine, déclare, dans une interview accordée à la plateforme Taja, expliquant les raisons derrière les salaires infimes des joueuses de notre région : « si le football féminin était répandu dans notre région et était suffisamment attractif pour les sponsors et les investisseurs, on aurait pu considérer une augmentation des salaires ». A cela, il a ajouté : « il est nécessaire que le revenu financier des équipes féminines équivaille à celui des équipes masculines, mais cela repose tant sur les stratégies marketing que sur le rôle des médias ».

D’autre part, l’ancien footballeur international néerlandais, Frank De Boer, rejette l’idée d’égalité salariale, la jugeant « ridicule », dans une déclaration faite à la presse. L’ancien joueur de l’« Ajax Amsterdam » estime que cette égalité n’est pas méritée, le football masculin bénéficiant d’un plus grand nombre d’adeptes que le football féminin. Dans le même sens, la star internationale allemande de « Chelsea », Melanie Leupolz, s’est exprimée sur le sujet en affirmant : « je ne pense pas que l’égalité de rémunération soit appropriée, parce que ce que rapportent les hommes, en termes d’argent, à leur équipe est beaucoup plus important que ce que le fruit du labeur des femmes ».

Dans le même contexte, l’ancien vice-président de l’équipe égyptienne des « Pyramides », Nihad Hajjaj se désole, dans une déclaration à Taja sport : « le football féminin dans notre région n’a pas encore atteint un niveau de professionnalisme complet. Pour ce faire, il faut du temps, en plus de la manifestation d’un intérêt croissant de ses supporters pour les matchs en question. Ne manquons pas de noter que les revenus (issus des droits commerciaux, des droits de diffusion des matchs, etc.) ne suffisent pas à payer les salaires comme c’est le cas du football masculin. Encore faut-il que le football féminin s’impose dans les sociétés dites patriarcales ».

Enfin, dans un rapport publié par l’Organisation des Nations Unies fin 2020, il s’est avéré que « les femmes ne gagnent que 77 centimes contre chaque dollar perçu par les hommes, ce qui entraîne une disparité de revenu à vie entre les deux sexes ». Selon la même source : « les femmes encaissent moins que les hommes, et l’écart salarial entre eux est estimé à 23% au niveau mondial ».

Quels modèles suivre ?

Récemment, l’équipe féminine de football des Etats-Unis a remporté la bataille judiciaire pour l’égalité salariale, qui a débuté, il y a 6 ans, contre la Fédération américaine de football. Une victoire qualifiée d’historique pour les footballeuses américaines : un accord, qui stipule que les joueuses recevraient le même salaire que leurs collègues de l’équipe masculine, a été conclu avec la Fédération, en février dernier. Toujours selon l’accord, la Fédération versera 22 millions de dollars aux joueuses qui sont à l’origine de la plainte en 2019 pour « discrimination de sexuelle ».

L’équipe féminine américaine n’est pas la seule à avoir obtenu gain de cause. La Fédération brésilienne de football a annoncé, fin 2020, la mise en place de l’égalité salariale entre les joueurs et joueuses des équipes nationales. Du fait de cette décision, les stars de l’équipe nationale féminine du Brésil recevront les mêmes salaires que les stars de la Samba tels que Casemiro, Paqueta et Neymar Jr. lors des matchs amicaux et officiels et lors des camps d’entraînement.

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