N°2 : Juillet – Décembre 2021
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Le sport féminin au Liban secoué par la crise économique
En matière de sport, le Liban s’est toujours distingué sur les scènes arabe et internationale, grâce aux résultats impressionnants et aux exploits remarquables de ses athlètes. Le peuple libanais est, en effet, naturellement passionné par le sport : ceux qui ne le pratiquent pas le suivent avec engouement et enthousiasme.
Le sport féminin au Liban

Malheureusement, les événements qu’a connu le pays récemment ont changé la donne. La crise politique, économique et financière qui a frappé le Liban, a propagé son ombre sur tous les secteurs, notamment le sport. Ceci s’est répercuté négativement sur les clubs et les équipes, les joueurs et joueuses, mais aussi sur le sport féminin, en général.

 

Pour en comprendre les enjeux, la plateforme Taja a rencontré Bassem Mohamed, directeur technique de la Fédération libanaise de football, qui a confirmé que la situation économique à laquelle sont confrontés les clubs est extrêmement difficile, car les dépenses engagées sont importantes (des locations de stades, aux équipements techniques, en passant par les outils et les frais de transports).

« Tant de complications qui ont affecté les clubs, d’autant plus que l’essentiel des revenus du football féminin est généré par le syndicat des clubs et certains investisseurs qui prennent à leur charge les dépenses nécessaires », a ajouté Bassem Mohamed. Ce dernier cite, à titre d’exemple, le prix des balles : « aujourd’hui, le prix de la balle la moins chère est de 15 dollars. Si nous voulons en acheter vingt, cela coûterait 300 dollars, ce qui équivaut, au taux de change de la livre libanaise, à 8 millions de livres… un montant énorme pour nous, Libanais. N’oublions pas les tenues d’entraînement et celles des matchs, dont les prix ont aussi augmenté. S’ajoutent à cela les coûts du transport, pour les matchs à l’extérieur : le bus le moins cher nous coûte 3 millions de livres.

 

D’autre part, l’immigration est l’une des conséquences néfastes de la crise économique au Liban. Bon nombre de joueuses ont, en effet, été contraintes de quitter le pays avec leurs familles, surtout celles qui possèdent la double nationalité. Mohamed explique, dans ce sens, que : « certaines ont quitté le pays, après l’obtention d’une bourse, ce qui a affecté les clubs mais aussi l’équipe nationale. L’équipe féminine est composée majoritairement de joueuses de moins de 19 ans et plusieurs d’entre elles ont abandonné le pays ».

Le coût élevé des transports a conduit les clubs à recruter leurs joueuses au même endroit géographique, alors qu’auparavant celles-ci étaient choisies en dehors du gouvernorat. A ce sujet, Bassem Mohamed déclare :  « les entraînements de l’équipe nous coûtent aujourd’hui le double voire plus, raison pour laquelle nous avons attribué un bus à chaque gouvernorat pour transporter les joueuses afin de réduire les charges de transport, pour l’équipe nationale et pour les clubs ».

Aujourd’hui, certains clubs perçoivent, en plus des frais de transport, une cotisation d’adhésion, tous deux requis par les joueuses. Ce sont généralement leurs parents qui doivent régler ces versements, à un moment où la crise financière frappe de plein fouet la société libanaise, à tel point que certaines joueuses ont dû se retirer du jeu, leur famille étant dans l’incapacité de payer ces montants.   

Le soutien international pour le football

Le directeur technique de l’équipe nationale libanaise indique que les deux fédérations, internationale et asiatique, soutiennent le football féminin d’un montant d’environ 50 mille dollars, dans le but d’assurer la continuité du jeu, à condition de disputer un minimum de 4 matchs amicaux internationaux par saison. Cependant, un match amical à l’extérieur du Liban coûterait entre 15 et 20 mille dollars, ce qui engendre des difficultés de déplacement. La Fédération peut donc refuser des matchs en raison des coûts du voyage qui sont élevés par rapport aux revenus.

Par ailleurs, les prix élevés du carburant et parfois les coupures de route qui se font de plus en plus fréquentes, en raison de la crise politico-économique, constituent des obstacles aggravants. Certains parents s’abstiennent d’envoyer leurs filles aux entraînements par souci de sécurité, ou à cause de leur incapacité à payer les frais de transport. Mohamed confie : « certaines joueuses assistent à un seul entraînement et joue à un seul match au moment où elles devraient assurer quatre entraînements par match ».

Patil Sarkissian, championne libanaise de boxe, est un exemple d’athlètes libanaises qui ont été affectées par la crise économique. S’exprimant sur son départ du Liban pour la Turquie, elle a déclaré à Taja sport : « j’ai été contrainte de partir à cause de la crise économique et financière rude, après avoir quitté mon travail et ne pas être en mesure de trouver une alternative ».

L’immigration de Patil l’a beaucoup marquée : « aujourd’hui je suis en Turquie. Je vis, je m’entraîne et je joue ici. C’est ici aussi que j’ai remporté la Coupe X-Fights Arena. J’étais censée participer au championnat du monde en Turquie pour représenter le Liban, chose que je n’ai pas pu faire parce que j’ai dû voyager ».

Sarkissian suit l’actualité du Liban de près et regrette la situation actuelle, espérant un retour à la normale, afin que le sport et le reste des secteurs puissent prospérer.

Les athlètes libanais résistent à la crise économique étouffante et continuent de représenter le pays de la meilleure façon possible pour qu’il ne s’éteigne pas au niveau international, en matière de sport.

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