N°2 : Juillet – Décembre 2021
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Égypte : le football féminin en régression Mise au point sur un sport en déclin
Le football féminin d’Egypte est né en 1989. L’année suivante, l’équipe féminine égyptienne joue son premier match de qualification, au Championnat d’Afrique féminin, organisé par la CAF. Elle participe et remporte, au fil des années, différents titres dans les championnats arabes. Aujourd’hui, la situation est toute autre. Le football féminin égyptien connaît une dégénérescence sans précédent et doit faire face à de nombreuses difficultés, notamment financières et médiatiques.
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Engy ATIA

Absence d’une stratégie d’entraînement

Selon Azza Abu al-Khair, coach des équipes féminines du Maadi Sporting & Yacht Club, l’Egypte n’est pas en phase avec les dernières évolutions du monde du football : « Sur le plan international, le football s’appuie sur des méthodes scientifiques de préparation physique et psychologique, ainsi que sur des procédés d’analyse des performances, ce qui n’est pas le cas de l’Egypte », explique-t-elle.

Cette régression dont témoigne le foot en Egypte a été constatée au niveau des clubs, et par extension, en sélection nationale égyptienne. Un tel phénomène s’est vite fait ressentir sur le terrain, l’équipe nationale égyptienne ayant été éliminée par

la Jordanie (5 – 0) en demi-finale de la catégorie « Dames » de la Coupe Arabe, qui a eu lieu en Egypte, en août 2021. La terre des Pharaons a également échoué à franchir les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations, après une lourde défaite au match-aller contre la Tunisie (6 – 0), puis une autre au match-retour (1-0).

Ces derniers résultats s’expliquent par une préparation insuffisante aux matchs, comme l’indique Engy Attia, joueuse de l’équipe nationale égyptienne et du club Emiri Youth : « je ne pense pas que nous ayons un faible niveau de jeu. Ces résultats sont plutôt dus au manque d’entraînement et de stages de préparation. De plus, l’équipe a été formée quelques jours avant la compétition. Nous avons disputé peu de matchs amicaux, et les joueuses ne font pas preuve d’harmonie lorsqu’il s’agit de jouer en équipe ».

Et sur la défaite contre la Tunisie aux qualifications de la Coupe d’Afrique des Nations, elle ajoute : « le principal facteur est sans aucun doute le manque d’expérience des joueuses. Mis à part deux footballeuses chevronnées, le reste du groupe est jeune, jouant pour la première fois en équipe nationale. »

Afin d’améliorer la situation du football féminin, la Fédération égyptienne de football doit opérer des changements. Engy Attia a quelques idées : « l’équipe nationale devrait se doter d’un plan d’action annuel clair et précis. Cela se traduit par un planning de stages d’entraînement et de matchs amicaux programmés à l’avance et mis en place en accord avec les engagements continentaux et régionaux des équipes de différents groupes d’âge. »

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Azza Abu al-Khair

Le foot féminin sous-financé

Joueuses et coachs partagent le propos suivant, à l’unanimité : le foot féminin en Égypte est sous-financé. Azza Abu al-Khair estime que « la solution réside dans la professionnalisation du foot féminin, comme c’est le cas pour les équipes masculines. Beaucoup de joueuses sous contrat ont un deuxième emploi, parce qu’elles perçoivent une faible rémunération par leurs clubs. »

De son côté, la joueuse Engy Attia propose d’appliquer les droits de diffusion télévisée des matchs, au bénéfice des clubs et des joueuses : « La diffusion à la télé des matchs est très importante. Non seulement cela contribuerait à la promotion du football féminin, mais une telle initiative permettrait de générer des ressources financières, pour faire face aux énormes difficultés du football féminin en Égypte. »

Le financement des clubs, des joueuses et des équipes risquerait d’améliorer les performances, souligne la coach Azza Abu al-Khair : « en plus du soutien financier de la fédération, le foot féminin a besoin de sponsors, de publicité et nécessite, pour sa survie économique, une diffusion des matchs. Les clubs féminins méritent également d’être mieux récompensés, lorsque des compétitions sont remportées. De la sorte, il serait plus facile de procéder à une sélection de bonnes joueuses puisqu’on sera en mesure de leur garantir des contrats professionnels mieux payés, ce qui leur éviterait de chercher ailleurs un deuxième emploi et leur permettrait de se consacrer entièrement au jeu. »

Le harcèlement, un phénomène « très répandu »

Le harcèlement est l’autre phénomène dont souffre le football féminin en Egypte. En effet, les footballeuses sont systématiquement tourmentées et leurs prestations raillées. À ce sujet, Engy confie à Taja Sport : « il ne faut pas y prêter attention, car c’est un phénomène très répandu sur les réseaux sociaux. Nous y avons droit à chaque match important de l’Équipe nationale. Ces gens-là, qui sont à l’origine du harcèlement, cherchent à attirer l’attention, et, d’après moi, la meilleure solution serait de les ignorer complètement. »

À l’heure actuelle, le football féminin en Égypte se heurte à de nombreux obstacles. Il est impératif que des solutions soient mises en œuvre, pour permettre enfin aux clubs féminins de se hisser haut, et, à l’Équipe nationale, d’atteindre les résultats attendus dans les compétitions continentales et internationales.

 

 

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